Aujourd’hui, elle a 9 ans. À l’école, la concentration lui échappe. La mémorisation aussi. Les émotions débordent plus vite qu’elle ne peut les rattraper. Et un mot commence à circuler autour d’elle : TDAH.
Mais avant les difficultés d’aujourd’hui, il y a eu des années de nuits redoutées. Un coucher qui virait à la bataille, chaque soir, sans exception. Personne n’a alors cherché pourquoi.
Cet article raconte son histoire. Et rappelle une conviction que je porte depuis longtemps : derrière un sommeil difficile, il y a toujours une cause. Notre rôle de professionnel, c’est de la chercher.
Le soir, la bataille recommençait
Chaque soir, c’était la même scène. Les parents proposaient une histoire. Puis deux. Puis une veilleuse différente, un doudou changé de place, un dernier câlin. Rien n’y faisait. L’heure du coucher pouvait durer deux heures. Parfois plus.
Autour d’elle, on commençait à dire qu’elle « faisait des caprices ». Qu’elle « résistait au sommeil ». Qu’il fallait être plus ferme, plus cohérent, tenir bon.
Je crois sincèrement que ces mots, on les emploie parce qu’on ne sait pas encore quoi regarder d’autre. Pas par manque de bienveillance. Par manque d’outils.
Les parents s’épuisaient. Ils changeaient de méthode, essayaient tout ce qu’on leur conseillait. Un rituel plus long. Un rituel plus court. Une veilleuse. Un carnet à cocher pour les nuits calmes. Rien ne tenait dans la durée.
Et plus les semaines passaient, plus la fatigue s’installait. Chez l’enfant. Chez les parents aussi. On finissait par ne plus voir que le symptôme, ce coucher interminable, sans jamais remonter à ce qui le provoquait.
Ce que personne n’a regardé
Elle ne refusait pas de dormir. Elle redoutait quelque chose.
Deux choses différentes. Et la nuance change tout.
Un enfant qui retarde le coucher n’exprime pas forcément une provocation. Il peut exprimer une peur du corps, une gêne installée, quelque chose qu’il ne sait pas nommer. Chez elle, cette chose avait un nom qu’on n’a découvert que bien plus tard : une respiration difficile, amplifiée la nuit, allongée.
Personne ne l’a cherché plus tôt. Pas par négligence. Parce qu’on ne regarde que ce qu’on a appris à voir.
Le TROS, un signal qu’on n’a pas su lire
Le trouble respiratoire obstructif du sommeil, le TROS, regroupe l’ensemble des manifestations liées à une réduction du passage de l’air dans les voies respiratoires pendant le sommeil. Ce n’est pas une maladie rare. Les recherches situent sa fréquence entre 3 et 8 % chez l’enfant, en dehors de toute autre pathologie.
Le TROS ne se résume pas à l’apnée. C’est un ensemble qui va du simple ronflement, déjà considéré comme pathologique, jusqu’à l’apnée obstructive, sa forme la plus sévère.
Le diagnostic reste avant tout clinique. Pas d’examen systématique. Pas de test unique qui tranche. Juste l’écoute de ce que raconte l’enfant. La nuit… et le jour.
Parce que le ronflement, on croit qu’il est toujours là. Ce n’est pas vrai. Certains enfants ne ronflent pas franchement. Ils respirent juste un peu plus fort que la normale, et personne n’y prête attention.
Alors c’est souvent le jour qui parle en premier. Un enfant fatigué au réveil. Qui décroche en classe. Qui s’irrite plus vite que les autres, en fin de journée. Et qu’on regarde, encore une fois, comme un problème de comportement.
Selon les recherches sur le neurodéveloppement de l’enfant, un TROS installé tôt et non traité peut peser sur le comportement, sur l’attention, et parfois sur l’équilibre émotionnel. Exactement ce qui aurait pu être repéré, chez cette petite fille, bien avant que tout ça ne s’installe.
Ce que ça a coûté
Le sommeil n’est pas une pause. C’est un temps de construction.
C’est la nuit que le cerveau trie, consolide, répare. Selon les neurosciences, c’est pendant le sommeil profond que la mémoire se fixe et que le système nerveux se régule.
Une enfant qui dort mal depuis des années n’accumule pas seulement de la fatigue. Elle accumule un déficit. Sur la concentration. Sur la mémorisation. Sur sa capacité à gérer ses émotions au quotidien.
Le sommeil profond, c’est le moment où le cerveau range ce que la journée a appris. Sans ce rangement, répété nuit après nuit, les apprentissages tiennent moins bien. La régulation émotionnelle aussi devient plus fragile, parce qu’elle repose sur des zones du cerveau qui, elles aussi, ont besoin de repos pour bien fonctionner.
Ce qu’on observe aujourd’hui chez elle, à 9 ans, n’est peut-être pas un trouble à part entière. C’est peut-être l’empreinte de plusieurs années de nuits qui n’ont jamais réparé ce qu’elles devaient réparer.
Et c’est là que je trouve notre responsabilité de professionnel immense. Pas pour culpabiliser les familles, jamais. Mais pour rappeler qu’un sommeil difficile chez le tout-petit n’est jamais anodin.
Se former pour repérer, et savoir orienter
Le repérage précoce ne s’improvise pas.
Il suppose de connaître la physiologie du sommeil de l’enfant. Mais aussi les troubles qui peuvent s’y loger. Le TROS, mais pas seulement.
Un professionnel formé ne diagnostique pas. Il ne se substitue jamais au médecin. Mais il sait voir un signal. Poser les bons mots auprès des familles. Et surtout, orienter vers les bons interlocuteurs quand quelque chose dépasse son terrain.
En crèche, chez une assistante maternelle, en RPE, on observe l’enfant à des moments que les parents ne voient pas toujours. La sieste, les transitions, la fatigue en fin de journée. Ce sont des indices précieux, à condition de savoir ce qu’on cherche.
C’est là, je crois, que la formation change tout. Elle ne fait pas de nous des soignants. Elle fait de nous des vigies.
Conclusion
Si on s’était attardé un peu plus longtemps sur sa situation, on aurait peut-être entendu sa respiration difficile. On aurait peut-être posé la question autrement. On aurait peut-être orienté la famille plus tôt.
Cette petite fille n’en serait peut-être pas là aujourd’hui.
Je ne raconte pas cette histoire pour culpabiliser qui que ce soit. Je la raconte parce qu’elle m’a marquée, et parce qu’elle continue de me rappeler l’essentiel de notre métier : ne jamais s’arrêter à « il ne dort pas ». Toujours chercher ce qu’il y a derrière.
Et vous, dans votre pratique, qu’est-ce que vous regardez vraiment quand un enfant redoute le coucher ?
1. Le sommeil difficile chez l'enfant peut-il être lié à un problème de respiration ?
Oui, c’est même une cause fréquemment sous-estimée. Une respiration gênée la nuit, notamment par des apnées, peut rendre l’endormissement redouté par l’enfant. Ce n’est pas toujours visible dans la journée. C’est souvent en observant le sommeil lui-même qu’on peut repérer le signal.
2. Comment savoir si un enfant a un TROS ?
Il n’y a pas un signe qui, à lui seul, permet de savoir. Le ronflement, sonore et régulier, en est un, quand il est là. Les pauses respiratoires observées par les parents, aussi. Mais les deux peuvent manquer. Certains enfants ne ronflent jamais franchement.
Alors on regarde ailleurs. La fatigue au réveil. Les difficultés de concentration. L’irritabilité qui monte en fin de journée. Ce sont eux, souvent, les premiers signaux qu’on remarque vraiment.
Le bon réflexe n’est jamais de diagnostiquer soi-même. C’est d’orienter la famille vers un professionnel de santé compétent.
3. Pourquoi former les professionnels de la petite enfance au sommeil de l'enfant ?
Parce qu’un professionnel formé repère plus tôt ce qui échappe souvent à l’entourage proche, pris dans le quotidien. Il sait aussi orienter les familles vers les bons interlocuteurs, sans se substituer à eux. C’est ce repérage précoce qui peut éviter des années de difficultés évitables.
4.Un enfant qui refuse d'aller se coucher fait-il forcément un caprice ?
Non, et c’est précisément l’idée que je cherche à déconstruire. Un refus répété du coucher est une communication, pas une provocation. Avant de corriger le comportement, je crois qu’il faut toujours se demander ce qu’il exprime.
5. Est-ce que Laura Crinon propose des formations sur le sommeil de l'enfant pour les professionnels de la petite enfance ?
Oui, j’interviens en Corrèze et dans les départements limitrophes, en crèche, auprès des assistantes maternelles et des RPE, pour aider les professionnels à mieux comprendre la physiologie du sommeil de l’enfant et à repérer plus tôt les signaux qui doivent alerter. Vous pouvez me contacter pour organiser une intervention dans votre structure.
Vous souhaitez former vos équipes petite enfance dans le cadre de vos journées pédagogiques ?
J’accompagne les professionnel.le.s de la petite enfance autour de thématiques comme :
- les comportements difficiles ;
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Pour toutes demandes d’informations complémentaire ou devis, merci de me contacter au 06.69.25.80.70