On forme des professionnels de la petite enfance à accueillir les émotions des enfants. À ne pas dire « c’est rien ». À ne pas punir une colère. À comprendre derrière le comportement ce que l’enfant raconte. C’est nécessaire. C’est juste. Et c’est parfois vertigineux. Parce que personne ne pose jamais la question d’après : et vous, qui l’a fait pour vous ? Cet article s’adresse aux professionnels qui accompagnent les enfants au quotidien et qui, peut-être, commencent à se demander ce que leur propre histoire a à voir avec tout ça.
On a changé le regard sur l’enfant. Pas sur l’adulte qui l’accompagne.
En quelques décennies, le monde de la petite enfance a vécu un virage considérable. Les neurosciences ont montré que le cerveau de l’enfant est immature, que ses débordements ne sont pas de la manipulation, que ses pleurs racontent un besoin et non une tentative de domination. La théorie de l’attachement a remis le lien au centre de tout. On a appris à regarder l’enfant autrement. À lui laisser de la place. À respecter ce qu’il traverse.
C’est un progrès réel. Profond. Nécessaire.
Mais ce savoir nouveau… il atterrit sur qui ?
Sur des adultes qui, eux, n’ont pas grandi dans cet environnement. Sur des professionnels qui ont été des enfants à qui on a dit « arrête de pleurer », « tu es trop sensible », « dans ma journée j’ai pas le temps pour ça ». Sur des femmes et des hommes qui ont appris, très tôt, que les émotions se gèrent seul, en silence, ou pas du tout.
Et on leur demande aujourd’hui de faire exactement l’inverse.
Je ne dis pas ça pour pointer une incohérence du système. Je le dis parce que ce décalage est réel, qu’il est lourd à porter, et qu’on n’en parle pas assez.
Ton enfance est dans la pièce. Même quand tu travailles.
Quand un enfant explose en crèche, quand il refuse d’obéir, quand il pleure sans s’arrêter… quelque chose se passe dans le corps du professionnel en face de lui. Une tension. Une impatience. Parfois une colère qui surprend. Parfois une tristesse qu’on ne comprend pas tout de suite.
Ce n’est pas du manque de professionnalisme.
C’est de l’humanité.
Les recherches sur le développement de l’enfant et la transmission intergénérationnelle montrent que nos expériences précoces façonnent nos réponses émotionnelles d’adultes. Ce que nous avons vécu enfant, la façon dont nos propres émotions ont été accueillies ou non, s’inscrit dans notre manière de réagir aujourd’hui. Face aux enfants qu’on accompagne. Face aux collègues. Face à nos propres enfants le soir à la maison.
Le petit enfant intérieur n’a pas lu les dernières publications sur les neurosciences. Il réagit avec ce qu’il a connu.#b20071Ce qui remonte dans ces moments n’est pas un obstacle à votre travail. C’est une boussole. Un signal. Quelque chose qui demande à être regardé, pas effacé.
Derrière une impatience face à un enfant qui « fait des caprices »… il y a peut-être un adulte à qui on n’a jamais laissé le droit d’en faire.
Derrière une difficulté à poser un cadre doux et ferme à la fois… il y a peut-être quelqu’un qui n’a connu que la rigidité ou que l’absence de limite.
Ce n’est pas une fatalité. C’est un point de départ.
En formation, il y a des silences qui changent tout.
Quand j’anime une formation, je fais beaucoup de parallèles. Entre ce que vit l’enfant et ce que vit l’adulte en face de lui. Entre ce dont l’enfant a besoin et ce dont nous avons tous besoin, au fond.
Et à un moment, quelque chose bascule dans la salle.
Pas toujours de façon spectaculaire. Parfois c’est un silence. Parfois c’est un regard qui se pose différemment. Parfois c’est une phrase, dite à mi-voix, comme si elle s’échappait sans permission : « en fait… on a tous besoin des mêmes choses. »
Oui. Exactement.
Les retours qui me touchent le plus profondément ne parlent pas de techniques ou d’outils. Ce sont les professionnels qui me disent, à la fin d’une journée : « je ne serai plus jamais la même au travail. Et je ne serai plus jamais la même à la maison non plus. »
Ces mots-là, je les reçois à chaque fois comme quelque chose de précieux. Parce qu’ils disent que quelque chose s’est déplacé. Pas juste dans la tête. Dans le corps. Dans la façon d’être.
Et surtout… ils disent que ce travail sur soi, ce n’est pas une déviation du sujet. C’est le sujet.
Mieux se connaître. Pas pour se juger. Pour mieux accompagner.
Je crois profondément que la connaissance de soi est un outil professionnel à part entière. Pas un luxe. Pas quelque chose qu’on réserve aux heures de thérapie personnelle. Un outil. Concret. Applicable. Qui change la qualité de présence auprès des enfants.
Mieux se connaître, ce n’est pas passer ses journées à se regarder le nombril.
C’est comprendre pourquoi telle situation nous traverse plus que d’autres. C’est reconnaître quand c’est notre propre histoire qui parle, et non la situation devant nous. C’est apprendre à faire la différence entre ce que l’enfant exprime et ce que ça réveille en nous.
On n’a pas appris ça. La plupart d’entre nous n’ont pas grandi dans des environnements où les émotions étaient nommées, accueillies, traversées ensemble. Ce n’est la faute de personne. C’est un héritage.
Mais un héritage, ça se regarde. Et parfois, ça se transforme.
Pas du jour au lendemain. Pas sans effort. Mais à force de travail, de curiosité, et d’une bienveillance tournée vers soi-même pour une fois… ça bouge. Vraiment.
Conclusion
On vous demande beaucoup. D’accueillir, de contenir, de réguler, de comprendre, d’être présent, de ne pas réagir à chaud, de poser un cadre sans blesser.
Tout ça est juste.
Et tout ça demande, en miroir, qu’on vous offre la même chose. Un espace pour comprendre. Un regard sans jugement. La permission de ne pas savoir encore, et d’apprendre quand même.
Je crois que les professionnels qui changent vraiment les choses pour les enfants… sont ceux qui ont accepté de se regarder eux-mêmes. Pas parfaitement. Pas complètement. Juste un peu plus honnêtement.
Et vous, est-ce qu’il y a un moment dans votre pratique où vous avez senti que c’était votre propre histoire qui parlait ?
Pourquoi mon enfance influence-t-elle ma façon de travailler avec les enfants ?
Nos expériences précoces façonnent nos réponses émotionnelles d’adultes. Quand un enfant déborde, quelque chose se réveille en nous qui vient de loin. Ce n’est pas du manque de professionnalisme. C’est le signe que notre propre vécu est encore là, actif, et qu’il mérite d’être regardé pour mieux accompagner les enfants qu’on a en face de nous.
Est-ce que la connaissance de soi fait vraiment partie du travail d'un professionnel de la petite enfance ?
Je crois que oui, profondément. Mieux se connaître, c’est comprendre pourquoi certaines situations nous traversent plus que d’autres. C’est faire la différence entre ce que l’enfant exprime et ce que ça réveille en nous. C’est un outil concret, pas un luxe thérapeutique. Et il change la qualité de présence auprès des enfants.
Comment le virage éducatif des dernières décennies impacte-t-il les professionnels de la petite enfance ?
Les neurosciences et la théorie de l’attachement ont transformé notre regard sur l’enfant. Mais ce savoir nouveau atterrit sur des adultes qui n’ont pas grandi dans ces environnements bienveillants. Le décalage entre ce qu’on demande aux pros et ce qu’ils ont eux-mêmes vécu est réel, lourd, et trop peu reconnu en formation.
Votre titreQue faire quand on réalise que sa propre histoire interfère avec sa pratique professionnelle ? va ici
Déjà, reconnaître que c’est normal. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une information. Ensuite, chercher des espaces pour le travailler : formations, analyse de pratique, accompagnement. On n’a pas appris. Mais on peut apprendre. Et à force de travail et de bienveillance envers soi-même, ça bouge vraiment.
Vous souhaitez former vos équipes petite enfance dans le cadre de vos journées pédagogiques ?
J’accompagne les professionnel.le.s de la petite enfance autour de thématiques comme :
- les comportements difficiles ;
- la gestion des émotions ;
- le cadre éducatif ;
- l’agressivité du jeune enfant ;
- l’attachement ;
- la communication bienveillante.
Des formations concrètes, dynamiques, humouristiques et profondément ancrées dans la réalité du terrain.
Pour toutes demandes d’informations complémentaire ou devis, merci de me contacter au 06.69.25.80.70